Le 5 octobre, un article de La Presse a attiré notre attention, ainsi que celle de l’Association québécoise de la physiothérapie (AQP) et de l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec (OPPQ). Il y a été fait l’annonce d’un nouveau programme de maîtrise pour les adjoints aux médecins à la faculté de médecin de l’Université Laval.
Nous avons entamé des démarches afin d’obtenir des informations complémentaires sur les modalités du programme, afin d’évaluer les impacts potentiels pour notre profession, dont des risques non négligeables d’attrition.
Ces préoccupations sont par ailleurs partagées par le chapitre québécois de l’Association canadienne d’ergothérapie (ACE-Qc) et l’Association québécoise des ergothérapeutes en pratique privée (AQEPP). Nos quatre organismes ont donc émis conjointement un communiqué de presse rappelant qu’une pénurie de main-d’œuvre aggravée par un tel programme aurait un impact majeur sur l’accessibilité aux soins de la population québécoise et qu’une telle démarche semble aller à contre-courant des efforts d’élargissement des pratiques professionnelles entamés par le Ministère de la santé et des services sociaux.
Nous vous invitons à consulter l’intégralité du communiqué ci-dessous:
L’Association québécoise de la physiothérapie (AQP), le chapitre québécois de l’Association canadienne d’ergothérapie (ACE-Qc), la Fédération des cliniques de physiothérapie du Québec (FCPQ) et l’Association québécoise des ergothérapeutes en pratique privée (AQEPP) désirent indiquer qu’elles sont très inquiètes face à l’annonce d’un nouveau programme d’adjoint au médecin où l’on prévoit que le recrutement se ferait parmi les cohortes étudiantes en physiothérapie et ergothérapie du Québec.
Cette annonce nous préoccupe profondément, considérant les risques d’attrition qu’entraînerait ce nouveau programme pour la physiothérapie et l’ergothérapie. D’ores et déjà, le nombre de diplômé·es dans ces programmes au Québec est insuffisant pour répondre aux besoins de la population. Nous croyons fermement que l’introduction d’un programme d’adjoints au médecin risquerait de détourner des étudiant·es potentiel·les de profession souffrant déjà d’une pénurie de main d’oeuvre, aggravant ainsi les défis d’accès aux soins pour les populations vulnérables. L’implantation d’un tel programme serait extrêmement problématique pour la pérennité de nos professions, mais il poserait également une menace pour l’accès en temps opportun à des services professionnels offrant une expertise unique.
Nous rappelons aussi que le MSSS se penche actuellement sur des initiatives d’élargissement des pratiques professionnelles. Dans ce cadre, nous réitérons qu’il est essentiel que la physiothérapie et l’ergothérapie soient reconnues comme les acteurs clés de première ligne en matière de santé neuro-musculosquelettique et fonctionnelle. Le fait de déléguer certains actes, encore et toujours sous supervision médicale directe, est contraire à cette vision et prive le système de santé de l’autonomie de pratique que peuvent offrir les physiothérapeutes et les ergothérapeutes. Certains actes médicaux mentionnés dans l’article pourraient dès aujourd’hui être effectués habilement par les physiothérapeutes, technologues en physiothérapie et ergothérapeutes. Par leur
formation et leur expertise, nos professionnel·les sont pleinement capables d’assumer des rôles élargis dans divers secteurs de soins, sans nécessiter de supervision médicale directe. Plutôt que de créer de nouveaux rôles, il serait judicieux de renforcer l’autorité sur le plan médical des professionnel·les actuel·les pour maximiser leur plein potentiel dans l’intérêt de la population.Depuis plusieurs années déjà, l’Université de Montréal forme des physiothérapeutes en pratiques avancées (D.E.P.A) afin de prendre en charge des rôles nécessitant une plus grande autonomie et expertise en neuro-musculosquelettique. De leur côté, il est bien établi que les ergothérapeutes jouent un rôle crucial dans la promotion de l’autonomie fonctionnelle et la réadaptation des patients, grâce à des interventions ciblées, fondées sur une expertise approfondie en santé mentale et physique. La création de ce nouveau programme pourrait affaiblir l’apport essentiel des ergothérapeutes, des technologues en physiothérapie et des physiothérapeutes au sein du système de santé québécois, alors que leurs compétences sont déjà fortement sollicitées pour répondre aux besoins croissants de la population, de l’enfance à la personne âgée. Les besoins avancés dans l’article justifiant la création des adjoints au médecins peuvent, et sont déjà aujourd’hui, remplis par ces professionnel·les.
Samuel Trottier-Lapointe, pht, M. Sc., MBA, président de l’AQP
Edith Castonguay, pht, présidente de la FCPQ
Soëla Bandaly, directrice régionale de l’ACE-Qc
Steeve Vallières, président de l’AQEPP
Télécharger le communiqué en version PDF sur le site de l’AQP.
